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Une première lueur d’espoir pour les familles des exécutés

Le procès de Hamid Noury s’est ouvert mardi dernier à Stockholm : pour la première fois, les crimes commis par le régime iranien dans les années 80 sont jugés.

OLJ / Par  Soulayma  Mardambey  le 14 aout 2021

Lawdan Bazargan n’avait que treize ans lorsque son frère Bijan a été arrêté, à l’orée des années 80. Dix-neuf, lorsqu’elle a appris son exécution en août 1988. Cinquante-deux aujourd’hui, alors que s’est ouvert mardi dernier à Stockholm un procès historique, celui de Hamid Noury, accusé d’être impliqué dans les massacres ordonnés en juillet 88 par une fatwa secrète du guide suprême de la République iranienne, l’ayatollah Ruhollah Khomeyni. Un chapitre dans l’histoire du régime d’une violence inouïe, au cœur duquel des milliers d’opposants politiques détenus dans les geôles iraniennes – dont Bijan Bazargan – ont brusquement disparu.

Du jour au lendemain, les visites familiales sont suspendues, les proches maintenus dans l’angoisse, livrés à eux-mêmes face à des autorités carcérales peu loquaces. À ceux qui veulent s’enquérir du sort des leurs, on leur rétorque de rentrer chez eux et d’attendre qu’on les contacte. Petit à petit, des rumeurs terrifiantes se répandent autour de l’exécution des membres ou sympathisants de l’Organisation des Moudjahidine du peuple (MEK), de l’existence de fosses communes où s’entassent leurs cadavres. Pour leurs familles, le couperet tombe dès la mi-septembre. Pour celles des militants de gauche comme Bijan Bazargan, alors membre de l’Union des communistes d’Iran, il faudra attendre encore un mois et demi. « Début décembre, je me suis rendue avec ma mère à la prison d’Evin. Les représentants ont demandé à ce que mon père vienne le lendemain. Ils ne voulaient pas annoncer aux mères la mort de leurs enfants parce qu’ils craignaient leurs larmes », se souvient Mme Bazargan. « Ils nous ont dit que Bijan était un apostat. Lorsque mon père a demandé où était le corps, ils lui ont répondu que les mécréants n’avaient ni corps ni tombes. » Avec les massacres de 1988, la brutalité du régime atteint un pic dans le cadre d’une décennie pourtant consacrée au renforcement de l’appareil répressif de la République islamique naissante et durant laquelle les épisodes sanglants n’ont pas manqué. « Dans les années 80, l’exercice de la violence a permis de solidifier et d’institutionnaliser un appareil sécuritaire, militaire, paramilitaire et de surveillance. Les acteurs au sein de cet appareil ont été promus, gravissant les échelons », explique Chowra Makaremi, anthropologue au CNRS et spécialiste de la violence post-révolutionnaire en Iran. « Ceux de rang intermédiaire, comme Hamid Noury, font aujourd’hui partie de l’élite économique et sociale du pays, et les responsables de rang supérieur sont désormais véritablement aux commandes. »

Purgatoire

D’après l’accusation suédoise, Hamid Noury n’est pas poursuivi pour avoir directement livré au supplice l’une des victimes de la purge de 88, mais pour avoir prononcé des condamnations à mort, amené des détenus à la chambre d’exécution et participé au recueil des noms de prisonniers. À l’époque, l’homme était assistant auprès de l’adjoint au procureur à la prison de Gohardasht, à Karaj, non loin de Téhéran. Les « gros poissons » semblent, pour l’heure, hors de portée. À commencer par le nouveau président iranien Ebrahim Raïssi, intronisé au début du mois et pressenti pour succéder, le temps venu, à l’ayatollah Ali Khamenei au poste de guide suprême. En 1988, il faisait partie de la « commission de la mort » qui a mis en œuvre les exécutions extrajudiciaires de milliers de prisonniers politiques, après les avoir soumis à des interrogatoires dignes de l’Inquisition. Sont-ils prêts à abandonner leurs convictions politiques? À exécuter d’autres opposants ? Prient-ils ? Pour nombre d’entre eux, ce sera le purgatoire avant la mort.

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À travers cet épouvantable déchaînement, le régime cherche alors à verrouiller le pays, à faire prendre conscience aux uns et aux autres des risques qu’ils encourent s’ils s’aventurent un peu trop profondément dans les eaux agitées de la politique. « La violence des années 80 a redéfini les rapports entre société et État parce que l’État a montré à la société que les lignes rouges sont extrêmement claires, que tout opposant est potentiellement menacé de la peine de mort, de la torture et sa famille aussi. Il y a eu une captation totale de l’héritage de la révolution au profit de la République islamique avec une redéfinition de la participation politique », souligne Chowra Makaremi. Lorsque les réformistes arrivent au pouvoir à la fin des années 90, leur politique s’inscrit dans le cadre des limites tracées par la terreur semée dix ans plus tôt. « On ne remet pas en cause les fondements de l’État », résume la chercheuse.

Cette déferlante de violences n’a d’égal que le déni dans lequel s’est muré le pouvoir, exploitant à profit le contexte offert par la guerre Irak-Iran entre septembre 1980 et août 1988 pour renvoyer au rang d’ennemi de l’intérieur toute forme d’opposition politique. Un récit galvanisé par la décision du MEK en 1983 de traduire son opposition à la République islamique par une alliance qui se voulait stratégique avec Bagdad. « Mon frère a été exécuté en 1983. Le régime islamique venait d’arriver au pouvoir et répondait à toute forme de contestation interne par des balles et des exécutions au nom de la guerre contre Saddam Hussein », confie Sediq Esmaili, 41 ans, originaire de la ville de Saghez dans la province du Kurdistan, mais exilé depuis 2000 en Suède. Son frère aîné, Sadegh, est arrêté pour son appartenance à l’organisation kurde Komala, torturé, avant d’être mis à mort. Lorsque leur père se rendait à la prison d’Evin, on ne lui permettait pas de voir son fils. Jusqu’au jour fatidique où on lui remet simplement ses affaires. Pas sa dépouille mortelle. Dès août 1979, un conflit oppose les gardiens de la révolution à des groupes armés kurdes opposés au projet de la République islamique et porteurs à différents degrés d’ambitions autonomistes. « Dès son avènement, le régime s’en est pris au Kurdistan et a tué des milliers de personnes. Il a détruit toutes les réalisations de la révolution », dit Sediq Esmaili. « La vérité c’est que nos vies ont toujours été imprégnées par la peur. »

Pour le pouvoir, ces exécutions de masse relèvent du secret d’État. Et à chaque fois qu’il est confronté à ce sujet dans l’arène internationale, il joue la carte de la négation, tantôt réfutant, tantôt justifiant. Comme en novembre 1988, lorsque le représentant permanent de Téhéran auprès des Nations unies, Jafar Mahallati, assure au cours d’une entrevue avec le représentant spécial de l’ONU sur la situation de droits humains en Iran que les morts avaient en fait été tués « sur le champ de bataille, dans le contexte de la guerre, à la suite de l’invasion de la République islamique d’Iran par le MEK ».

Traquenard

1988-2021. Pour Lawdan Bazargan comme pour de très nombreux proches des exécutés, ce sont plus de trois décennies marquées par le chagrin, l’effroi, la colère et l’exil mais aussi le militantisme et la quête individuelle et collective d’une justice qui commence tout juste à se faire jour. Car à travers le procès de Hamid Noury, c’est la toute première fois que les massacres de 88 – et plus généralement les crimes du régime – sont jugés. Une lueur d’espoir rendue possible par l’obstination des survivants et des familles, par la compétence universelle de la justice suédoise mais aussi par la sagacité d’un homme. Iraj Mesdaghi a passé presque dix ans en prison, ballotté entre celles d’Evin, de Gohardasht et de Ghezel Hesar. Arrêté en 1981 pour sa proximité avec le MEK – une organisation très populaire à l’époque mais dont il critique aujourd’hui le sectarisme –, il échappe aux massacres de 1988, est libéré en 1991 et forcé à l’exil en 1994. Son combat, il le mènera à partir de la Suède, devenue son deuxième pays. Là-bas, il consacre son énergie à documenter les horreurs commises durant ce si noir été, à écrire sur son expérience, sur les exécutions, à collaborer avec des organisations internationales. Iraj Mesdaghi a bien connu Hamid Noury. « Je l’ai croisé plusieurs fois dans le couloir de la mort. Lui et son boss connaissaient bien les prisonniers. Ils savaient qui devait passer en premier devant la commission », se remémore le sexagénaire. Au tout début, les tortionnaires font croire aux détenus qu’ils vont bénéficier d’une amnistie. « Mais quand on a commencé à savoir ce qui se passait, ils disaient qu’ils nous donneraient le dernier coup dans l’estomac avant la pendaison. » Dans l’exercice de ses fonctions macabres, celui qui se faisait appeler alors Hamid Abassi se montre particulièrement sadique. « Il célébrait dès que des prisonniers étaient exécutés. Il avait l’air si heureux et nous proposait même parfois des gâteaux », dit M. Mesdaghi.

L’arrestation de Hamid Noury a comme un goût de revanche. Lui qui moquait les détenus, les frappait et les harcelait s’est fait duper par l’un d’entre eux. Car en octobre 2019, le beau-fils de l’accusé contacte Iraj Mesdaghi. Ensemble, ils lui tendent un traquenard. Il n’y verra que du feu. Invité en Suède pour un voyage tous frais payés qui devait se poursuivre en Italie et en Espagne, Hamid Noury est arrêté dès son arrivée à l’aéroport de Stockholm-Arlanda. La justice suédoise l’accuse de « crime aggravé, de crime contre le droit international et de meurtre ».

Crimes de guerre ; crimes contre l’humanité

Pour Iraj Mesdaghi qui a constitué un dossier-clé de plusieurs milliers de pages, ce procès est déjà une petite victoire. « Je peux voir le fruit de nos efforts après 33 ans », s’exclame-t-il. Mais cette ouverture soulève plusieurs questionnements mêlant qualification juridique et récit historique. « L’un des principaux enjeux est celui de l’identité, puisque Hamid Noury œuvrait sous un pseudonyme en prison. Il s’agit d’imputer ces crimes-là à un responsable de rang moyen des massacres », commente Chowra Makaremi qui souligne que dès le second jour du procès, mercredi, les procureurs ont montré une capture d’écran avec un message envoyé par l’accusé à un responsable de la prison d’Evin, l’invitant à une fête du Fitr. « C’était signé Hamid Noury/Abassi. On a là un élément assez déterminant. »

De nombreuses organisations internationales de défense des droits humains telles que Human Rights Watch et Amnesty International ont déjà qualifié les massacres de 1988 comme « constituant » ou « pouvant constituer » des crimes contre l’humanité. Or la Suède n’a intégré cette charge dans sa législation nationale qu’en 2014 et ne peut donc la retenir. D’où une requalification en crimes de guerre. « L’établissement de ces faits comme des crimes de guerre pourrait paradoxalement conforter le récit négationniste qui justifie les violences de l’État iranien comme étant liées à une lutte contre l’ennemi, dans un contexte de conflit. Ici, l’enjeu juridique engage un autre enjeu très important : la réécriture de l’histoire », avance Chowra Makaremi. Sediq Esmaili espère que le procès mènera, à terme, à l’arrestation des cerveaux derrière l’horreur : « Je suis profondément heureux que l’on puisse informer le public ne serait-ce que sur une petite partie des crimes du régime », dit-il. « J’espère qu’un jour nous verrons les principaux auteurs de ce crime, et plus précisément Ebrahim Raïssi, au tribunal. »

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